FileMaker et le droit à l’erreur

La semaine dernière, s’est déroulée à Rouen l’événement annuel francophone, la FM Conférence 2017. Magalie Jeune qui y était présente s’en est fait l’écho sur ce blog.

De ce qu’elle nous a relaté des conférences qu’elle a suivie, j’en ai retenu une tout particulièrement, qui, à première vue, dénote par rapport aux autres…

Il est facile dans un rassemblement comme la FM Conférence de montrer que FileMaker est formidable, qu’avec, on fait des choses extraordinaire, et d’en ajouter, avec pleins d’outils magiques complémentaires.

C’est vrai, et cela fait rêver…

Cet aspect « rêve » est important. C’est lui qui nous enthousiasme et nous entraîne en avant…

Mais il peut aussi générer beaucoup de frustration, avec le sentiment que ces exploits ne concernent que les développeurs de haute volée, pas le « péquin du coin » que beaucoup d’entre nous sommes…

Et voilà qu’au milieu de tous ces conférenciers éprouvés, il y en a un (Fin Finaud, voir l’article de jeudi dernier) qui a l’audace de dire, preuves à l’appui : nous nous sommes trompés… Nous avons fait de grosses erreurs dans notre développement. Et nous avons passé des heures et des heures pour faire, défaire, refaire !

Chapeau !

L’être humain n’aime pas reconnaître ses erreurs. Et encore moins, les entreprises commerciales comme Fin Finaud ou Editomac… où il n’est pas politiquement correct de le dire à ses clients ou à ses futurs clients…

Manque de professionnalisme ?

Risque de perdre la confiance de ses clients ?

Si l’on s’en tient au premier degré d’une relation commerciale, peut-être.

Mais pour ma part, je n’accorde pas ma confiance à un professionnel qui prétend tout savoir et ne jamais se tromper ! Et qui en outre, ne reconnaît jamais ses erreurs !

Alors, juste un petit excursus du côté de ces deux notions, professionnalisme et erreur…

Un professionnel est quelqu’un qui consacre son temps et son intelligence dans un domaine bien précis et qui de ce fait, acquiert des compétences – validées ou non par un diplôme – dans ce domaine. Ces compétences sont en principe supérieures aux vôtres dans ce même domaine, même si ce n’est pas toujours le cas (il peut exister des amateurs, c’est-à-dire des personnes non rémunérées mais passionnées, plus compétentes que des professionnels…). Et ce qui fait qu’un professionnel reste un professionnel compétent, c’est qu’il est en permanence en train d’actualiser ses compétences, qu’il est capable de se remettre en cause et d’avancer. Et donc qu’il sait qu’il commet des erreurs, ou ce qui peut paraître l’être à un moment donné…

Et j’en arrive à la notion d’erreur, particulièrement intéressante dans le domaine de FileMaker…

Car il y a plusieurs types d’ « erreurs » le concernant…

Le premier type d’erreur est – j’allais dire – une vraie erreur. Par ignorance, par méconnaissance de FileMaker ou du développement, ou par oubli… Bon, vous avez le sentiment que j’énonce ici une lapalissade. Lisez la suite de l’article et vous comprendrez. Dans ce type d’erreur, je pense à toutes celles que l’on fait inévitablement dans la vie et qui dans FileMaker peut être d’oublier de masquer une rubrique d’identifiant sur un modèle, de ne pas avoir mis dans le bon ordre deux lignes de script, etc. etc. Bref, tout ce qui échappe à un moment ou à un autre à notre pauvre cerveau parce que ce jour-là, on est fatigué ou qu’on n’a pas compris un truc…

Le deuxième type d’erreur est lui, plus lié à des règles de méthodologie. Et là, il faut se rapporter à l’histoire de FileMaker.

Fin Finaud comme Editomac sont des sociétés qui développent ou qui forment à FileMaker depuis des décennies. Or, FileMaker dès ses origines, était un logiciel ouvert, accessible au plus grand nombre. N’importe qui ayant le goût pour cela, pouvait se créer sa petite base de données – à l’époque un fichier plat – alors qu’en dehors d’Access (et encore, pas si simple que cela…), le développement de bases de données était le domaine réservé de gros systèmes informatiques…

Ceux qui ont démarré avec FileMaker dans les années 80-90 se sont donc débrouillés tous seuls et en tâtonnant. À l’époque, pas de tutoriels, pas ou peu de formation par l’éditeur, pas de réelle communauté FileMaker. Il fallait être autodidacte et chacune des sociétés qui se sont développées autour de FileMaker ou avec lui l’ont fait en fonction de la personnalité et des savoirs-faire de ses membres. Ainsi, Michel Lansard, fondateur d’Editomac et de ce blog, avait une formation pluri-disciplinaire (mathématiques, physique, psycho-sociologie et économie) et écrivait de temps en temps des articles dans la revue informatique Icônes, disparue hélas au décès de son rédacteur en chef. Il était en outre, de part son histoire personnelle, sensibilisé à tout ce qui concerne la transmission : formation, pédagogie, communication. Cela a orienté ses choix par rapport à FileMaker…

En 2002, une véritable révolution s’est opérée dans le monde filemakeurien : l’apparition du relationnel avec la version 7 de FileMaker. La version 6 permettait déjà de lier des fichiers mais la 7 rendait FileMaker réellement relationnel, avec l’apparition des tables et du graphe des liens…

Or, cette révolution n’a pas seulement été technique… Elle a entraîné dans son sillage une foultitude de révolutions dans tous les domaines 😉

La première chose est qu’il a fallu s’approprier cette nouveauté énorme qu’apportait le relationnel, sans se « mélanger les pinceaux » 😉 Pas simple du tout !! Dans le monde FileMaker de l’époque, on n’avait jamais eu le moindre contact avec les méthodes de développement de bases de données relationnelles. Merise, etc., c’était du chinois pour la plupart des développeurs. Michel, qui avait travaillé la gestion de projets, avait cependant quelques notions de ces approches de modélisation. Mais cela ne l’a pas empêché de recommencer plusieurs fois son tout premier développement ! Lequel a coûté à Editomac une fortune 😉 Mais c’est le coût de l’apprentissage… et lorsque personne ne sait, comme c’était le cas à l’époque, pas possible de se faire financer par son OPCA (1) une magnifique formation sur la modélisation (2) et l’analyse, qui elle, fait gagner temps et argent en vous évitant toutes ces étapes de tâtonnement…

On a donc vu fleurir, chez nous et ailleurs, de magnifiques graphes de liens type « spaghettis »;-)

La deuxième chose est que les développeurs FileMaker ont commencé à regarder sur internet (qui entrait alors réellement dans notre quotidien) et peut-être ailleurs s’ils pouvaient trouver des méthodes de modélisation. Et ils ont aussi commencé à éprouver le besoin de communiquer entre eux, de s’échanger des astuces, des méthodes de travail, et de se former mutuellement. Trois développeurs FileMaker ont créé la FM Conférence, reprise depuis par Lesterius (ex La Source Multimédia). De même, le forum FM Sources est né, et un peu plus tard, un forum francophone animé par FileMaker France, maintenant disparu (3). Nous-même avons créé un premier blog, fmp-formation.com, que ce blog, astucieux-filemaker.com, est venu remplacer et élargir…

De ces échanges, une véritable communauté de développeurs FileMaker a surgi, avec des méthodes et des consignes de développement souvent similaires. Par exemple dans la manière de nommer les identifiants et certaines rubriques techniques…

Les approches se sont donc unifiées, même si chaque développeur garde sa manière de faire (4). Mais au cours de ces 15 années d’histoire, et parce que nous sommes en perpétuelle recherche, il a pu arrivé que l’on croit bon de procéder de telle manière puis de changer de méthode ou de l’affiner, pour la rendre encore plus pertinente. Ce qui fait que ce qui paraît être une erreur aujourd’hui n’en était pas forcément une à l’époque où la solution a été développée !

Il faut également tenir compte de l’évolution du logiciel FileMaker lui-même et de celle de nos besoins.

Si vous  récupérez une base de données développée en FileMaker 6, alors là, vous en trouvez des erreurs 😉

Vous vous trouvez face par exemple à une liste des sources de données externes longue comme le bras. Pourquoi ? Parce qu’il n’était pas possible de faire autrement que de lier des fichiers externes et que cela ne pouvait se faire qu’en créer de nouvelles sources de données externes…

Vous avez également bâti un système très compliqué de rubriques affichant une alerte selon certaines circonstances, alors qu’aujourd’hui, il suffit de masquer cette rubrique avec un simple calcul depuis le modèle, et donc de l’afficher très simplement lorsqu’on en a besoin…

Vous avez converti votre base .fp5 en .fmp12, en passant bien entendu par .fp7 (5). Tous les modèles sont forcément affichés avec le thème Classique… proscrit car non optimisé pour l’affichage à l’écran…

Et ce sujet de l’affichage à l’écran m’amène tout naturellement à évoquer ce que nos nouvelles pratiques apportent également comme nécessité de faire évoluer nos bases ou en tous les cas, de modifier nos habitudes de développement. Car désormais, il nous faut tenir compte de la mobilité, c’est-à-dire de l’utilisation de FileMaker à l’aide d’écrans tactiles, plus petits que ceux de nos postes de bureau et plus sensibles à la rapidité d’affichage… au point de remettre en cause notre bonne vieille habitude de développer le graphe des liens avec des GOT (Groupement d’Occurrences de table) ?

Et l’on pourrait sans doute multiplier à l’envie les exemples…

Dans ces situations, nous ne pouvons pas parler à proprement dit d’ « erreurs », mais d’évolution, même si ces traces du passé ont besoin d’être nettoyées et réactualisées…

Fin Finaud, en reprenant de fond en comble sa solution La Casserole doit faire face à tous ces aspects. Je n’ai pas vu leur conférence, je ne sais donc pas exactement ce qu’il en est, mais je me doute que les erreurs auxquelles il a dû faire face n’étaient pas seulement des « erreurs » mais aussi des évolutions (6)

Et comme FileMaker, l’environnement informatique et nos besoins n’ont pas fini de changer, Fin Finaud et nous tous n’avons pas non plus fini de faire évoluer nos pratiques et nos développements 😉 Ni de faire des erreurs… signes que nous sommes de pauvres mortels mais bien vivants et que l’histoire continue, qu’on ne cesse jamais d’apprendre et que c’est précisément cela qui est passionnant…

Marie-Charlotte Potton

 

(1) : OPCA, Organismes paritaires collecteurs agréés. En France, chaque entreprise a l’obligation de verser un fond à un OPCA pour financer la formation continue des salariés. Elle peut ensuite faire bénéficier à ses salariés de formations payées au moins en partie par leur OPCA si la formation est dispensée par un organisme de formation agréé. C’est le cas d’Editomac.
Sur le financement de la formation continue en France, voir notre eBook gratuit sur la question.

(2) : Cf. l’article de Wikipédia Modélisation des données.

(3) : Ce forum était plus spécialement dédié aux débutants tandis que celui de FM Source regroupait davantage des développeurs expérimentés.

(4) : Par exemple, dans deux articles, nous vous avons présenté la nomenclature que nous avons adoptée pour nommer les OT (occurrences de table) dans le graphe des liens. Notre partenaire Bertrand utilise une nomenclature légèrement différente de la nôtre : il tend à ne conserver que les trois lettres résumant le nom de l’OT et à supprimer tout le reste. L’avantage est que le nom est beaucoup plus court et se lit plus facilement dans les boîtes de dialogue. Mais il faut avoir mémorisé ce qu’est PRS, SCT, etc. Cela convient bien lorsque, comme lui, on développe seul. D’un point de vue pédagogique, c’est un peu moins parlant 😉

(5) : Si vous possédez encore des fichiers FileMaker avec l’extension .fp5 ou même .fp3, alors il est extrêmement urgent de migrer vos fichiers vers la version actuelle de FileMaker ! Qu’on le veuille ou non, les ordinateurs évoluent. Bientôt votre machine sera trop ancienne pour communiquer avec le monde extérieur, ou elle tombera en panne… Vous serez obligé d’acheter un nouvel ordinateur qui lui, ne saura pas lire vos fichiers ! N’attendez pas ce moment pour faire migrer vos données !

(6) : C’est aussi notre cas versus nos tutoriels. La première fiche Astuce date de 2009, et nous avions déjà écrit un cahier pratique sur la recherche, que nous avons réactualisé en novembre 2016. Certains de ces tutoriaux sont toujours d’actualité : il faut simplement parfois en remplacer des copies d’écran. D’autres sont à compléter par des fonctionnalités apparues depuis leur parution. D’autres enfin sont à réécrire en totalité. Magalie et moi, nous avons décidé de nous attaquer à cette œuvre de titan : petit à petit réactualiser au moins les tutoriels qui nous paraissent les plus importants pour vous…

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